Chère toi,

j’ai reçu ta lettre ce soir et elle m’a fait pleurer.
Ton aventure est belle et tu es incroyable là-bas, au secours des faibles, à donner tant d’amour que la jungle elle-même s’en retrouve changée.
Moi aussi je t’imagine, la nuit tombant, dans ton lit fait de bric et de broc, serrant dans tes bras plus qu’une vie bohème, une vie poème.
Tous les sentiments que tu m’envoies me nourrissent, tu sais. Parfois, même s’ils n’atteignent pas mon coeur, ils ressuscitent en pétales sur ma peau et font éclore comme des chagrins d’amour impossible.

De mon côté, j’avance chaque jour sur ce projet secret dont je t’avais parlé, ce truc un peu fou qui ferait qu’un fils deviendrait un père.
Ce projet m’use comme il me fait vivre, il me vide mais m’enrichit en même temps. Je me retrouve parfois le soir, prostré de fatigue, à chercher de l’énergie comme un poisson ouvrirait la bouche hors de son bocal, mais j’ai une récompense…
Mon père est magnifique. Il chante comme s’il était un prince. C’est beau un homme qui se bat.
Et là, entre deux phrases où je le devine, il est comme fou, et c’est parce qu’il est fou qu’il est beau.

Peut-être que pour la première fois, il est à cet endroit, dans ce duo qui lui a pris autant qu’il lui a donné, à la hauteur et l’envergure de celui qu’il a toujours voulu être, seul. Cela me rend fier.
La vie est étrange, il arrive qu’il soit difficile d’être à deux, ce que tu es au fond de toi. Et tu souffres de ne voir ton reflet que dans un miroir.

J’espère que tu pourras écouter ça.

Voilà, je te laisse. Toi à tes arbres, à tes singes blessés, moi à ma ville, à mes rêves blessés.

Avec amour.

Baptiste