Nuit sans lune, à la lumière orange d'un Paris de pluie.
J'entends de mystérieux voyageurs passer entre les gouttes et le bruit si particulier des tôles urbaines grincer aux rues interdites.
Dans cette ville fantôme de ce qu'elle fut, les rats ne sont plus ceux qui courent la nuit lorsque plus personne n'ose vivre, ils sont ceux qui rentrent vite aux dix-huit heures de l'horloge déshumanisée.
Posté à la fenêtre, je suis l'eau qui s'infiltre, l'humidité qui point, mes rêves sont bleus et déjà, oui, je suis le sel sur ces blessures que vous aviez cru oubliées.

Je ne sais pas ce qui me fascine autant avec la neige.
Peut-être la couleur blanche qui m'a toujours habillé comme une ombre, le son qui recouvre la ville et m'inspire ?
A moins que ce ne soit un peu de mon enfance, encore tellement présente, quand je vivais et allais à l'école dans les Alpes… comme un Heïdi parisien.
Les rues se couvrent et je croise tantôt des ronchons, râlant à l'idée de glisser, de salir leurs chaussures, tantôt des adultes qui sourient enfin, retrouvant un instant leur âme d'enfant, le regard rempli de légendaires batailles de boules de neige.

La neige des grandes villes est un révélateur de ce qui reste encore un peu en nous, ce qui n'est pas encore mort, pas encore lassé et pas encore vieux.
C'est peut-être ça qui me fascine, d'avoir encore huit ans.

